PASIGHAT (The Thursday Times) — L’Inde a envoyé des centaines de membres supplémentaires des forces de sécurité en Arunachal Pradesh après que les manifestations contre un projet de méga-barrage près de la frontière chinoise ont dégénéré, et la police a arrêté 69 personnes en vertu de la loi antiterroriste de l’État.
L’inspecteur général de la police, Hibu Tamang, a déclaré mardi à Scroll que 69 personnes avaient été arrêtées et quatre placées en détention dans les districts d’Upper Siang, de Siang et d’East Siang en application de l’Arunachal Pradesh Unlawful Activities Prevention Act, et que 55 dossiers avaient été ouverts. Reuters avait fait état plus tôt d’au moins 21 arrestations.
Les violences ont éclaté vendredi à Pasighat après que la police a tiré des gaz lacrymogènes sur les manifestants. De jeunes manifestants ont lancé des pierres et incendié un commissariat ainsi qu’un bureau de la National Hydroelectric Power Corporation, société publique chargée de construire le barrage. Les domiciles de deux parlementaires locaux, Ninong Ering et Oni Panyang, ainsi que celui du chef du Bharatiya Janata Party dans l’État, Kaling Moyong, ont également été attaqués, a indiqué un haut responsable de la police.
« Les effectifs sont renforcés dans les endroits où c’est nécessaire. Nous ne voulons aucun problème d’ordre public », a déclaré à Reuters le chef de la police de l’État, SD Singh Jamwal.
« Nos villages seront submergés »
Le Siang Upper Multipurpose Project, dont la capacité est estimée entre 11 200 et 12 500 mégawatts, fait l’objet de manifestations sporadiques depuis deux ans. Les membres de la tribu adi craignent qu’il n’engloutisse leurs villages ancestraux. « S’il est construit, 27 de nos villages ancestraux seront entièrement submergés. Au moins 40 ou 50 autres seront touchés », a déclaré à Reuters Gegong Jijong, du Siang Indigenous Farmers’ Forum, ajoutant que les opposants poursuivraient leur campagne jusqu’à l’annulation du projet.
Un barrage pour répondre à un barrage
New Delhi veut ce projet pour contrer le plan annoncé par la Chine en décembre 2024 de construire en amont, sur le Yarlung Zangbo, nom donné au fleuve au Tibet, le plus grand barrage hydroélectrique du monde. Des responsables indiens craignent que Pékin n’utilise son contrôle du fleuve comme une arme. La Chine revendique l’Arunachal Pradesh comme faisant partie du sud du Tibet, qu’elle appelle Zangnan, tandis que l’Inde affirme que cet État fait partie intégrante de son territoire.
Le ministre en chef de l’Arunachal, membre du BJP du Premier ministre Narendra Modi, a qualifié le projet chinois de menace existentielle et déclaré que son gouvernement protégerait les intérêts nationaux tout en respectant les droits des habitants de la vallée du Siang.
Les troubles s’ajoutent à la tension qui règne dans le nord-est de l’Inde, où les violences au Manipur se sont intensifiées ces dernières semaines.



